Berlusconi : le soulagement, mais…

(info-live.com)

Comment s’affliger de la fin (possible) de Berlusconi ? Le premier réflexe, en apprenant la nouvelle au saut du lit, ne peut être que de soulagement, et tient en un mot: enfin !

Pourtant, ce ne sont ni ses « frasques », comme disent les journalistes (entendez notamment ses relations avec des prostituées, et toutes les conséquences judiciaires, ni les manifs de femmes, ni les référendums d’inititative populaire, ni de belles émissions de télé, ni la réprobation croissante des catholiques, ni l’interminable feuilleton des poursuites financières qui auront eu raison de lui, ni même pour toutes ces raisons les critiques implacables de la presse étrangère, ce sont les marchés.

Si Berlusconi n’avait été qu’obsédé sexuel et malhonnête, il aurait encore une majorité au Parlement italien. Là où la Justice, les manifs, l’opposition, et tous les efforts des contre-pouvoirs sus-mentionnés ont échoué, les marchés ont réussi.

On objectera que c’est (notamment) la somme devenue insoutenable de toutes ces contestations, qui a nourri les attaques des marchés contre l’Italie. Les traders lisent les journaux. Il n’a pas pu leur échapper que Berlusconi, pour toutes ces raisons, était incapable de faire avaler au pays quelque rigueur que ce soit. C’est vrai.

Mais cela ne dissipe pas le goût amer du matin. Les marchés défilent désormais dans la rue, ils défont les majorités, ils rendent la justice à la place de la justice.

En Italie comme en Grèce, annoncera-t-on au poste de premier ministre un technicien, c’est à dire un ancien responsable des banque centrale, un mini-Trichet, un clône de Draghi ? (1)

On peut estimer que la dictature des marchés est toujours préférable à un authentique coup d’Etat militaire, à une sorte de rigueur en uniforme, modèle Pinochet épaulé par les Chicago boys.

Mais l’un n’empêche pas l’autre.

La fin de l’histoire n’est pas encore écrite.

                                                                    Daniel Schneidermann

                                            (http://www.arretsurimages.net/index.php)

(1)Lucas Papadémos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), a été nommé en Grèce à la tête d’un gouvernement d’union nationale. Respecté à l’étranger et dans le monde de la finance, Lucas Papadémos passe pour une personnalité posée. « Il a les idées claires. Il ne s’est jamais mêlé de politique. Il sait ce qu’il a à faire ». Le futur Premier ministre assure qu’il n’a fixé aucune condition à sa nomination. On indique toutefois qu’il a exigé de George Papandréou et d’Antonis Samaras, respectivement chefs de file du Parti socialiste (Pasok) et de la Nouvelle démocratie (opposition), un engagement écrit en faveur de l’accord conclu avec l’UE.  Ce plan prévoit de nouvelles mesures d’austérité qui viendront ajouter à la grogne des Grecs, épuisés par la rigueur.

L’ancien commissaire européen Mario Monti faisait jeudi figure de favori pour succéder à Silvio Berlusconi à la tête d’un gouvernement italien élargi et éviter au pays une crise qui, sur fond de psychodrame grec, menacerait de contagion toute la zone euro. Mario Monti, 68 ans, ancien commissaire européen à la Concurrence aujourd’hui président de l’université Bocconi de Milan, est considéré depuis des semaines par les marchés comme le meilleur candidat susceptible de diriger un gouvernement d’unité nationale et de mettre en oeuvre d’urgence les mesures d’austérité nécessaires au redressement des comptes du pays.

On y est … de façon insidieuse … au grand soulagement aveugle des citoyens que l’on affole … les marchés prennent le pouvoir …

2 commentaires sur “Berlusconi : le soulagement, mais…”

  1. surmely alain a dit :

    « Il ne s’est jamais mêlé de politique » est-il dit.Il s’est au moins mêlé de politique économique puisqu’il a présidé la banque centrale de Grèce.Cette même politique qui a provoqué la dépression économique dans laquelle se trouve actuellement ce pays.Il entend être l’homme de la rigueur après avoir collaboré au maquillage des comptes publics de SON pays.L’accession au pouvoir suprême d’un tel personnage en dit long sur la décomposition de la démocratie en Grèce.Jadis,dans la Grèce antique une procédure,assez courante,pouvait être mise en œuvre si les comptes publics étaient mauvais :cela s’appelait la « reddition de comptes ».Quant aux dirigeants politiques qui étaient convaincus de fraude ou de malversation les peines qu’ils encouraient étaient très dures.Mais l’Antiquité est une période fort lointaine me rétorquera-t-on.On peut néanmoins mesurer le chemin parcouru !La nomination de ce personnage est,dans tous les cas,un très mauvais signal politique envoyé au peuple grec et probablement aussi aux Européens qui ne peuvent pas ne pas se sentir concernés par la faillite du pays où fut inventée et organisée la première démocratie représentative dans l’histoire de l’humanité.

  2. Noisette 23 a dit :

    Vous dites que « l’Antiquité est une période fort lointaine » mais peut-être pas totalement oubliée, peut-être qu’inconsciemment notre civilisation à bout de souffle, va puiser dans le fin fond de son histoire les idées et les ressources nécessaires qui vont lui permettre de se reprendre en main !
    Votre commentaire m’incite à l’optimisme … observez cette envie qu’ont les gens de se rassembler lors de réunions participatives pour dénoncer mais aussi bâtir, regardez le nombre de personnes qui veillent derrière leur petit écran pour écouter des candidats à la présidentielle débattre de leur avenir, voyez tous ces gens qui décident de venir voter lors d’une primaire … comptez tous ces Indignés qui se retrouvent partout sur la planète …
    Moi, ces rassemblements populaires me font penser à l’agora, cet endroit où les grecs aimaient se rassembler (pour faire le marché bien sûr) et aussi pour discuter, pour tout ce qui avait trait à la démocratie … les décisions étaient prises sans intermédiaire, directement par des assemblés de citoyens, par le peuple …
    Nous sommes peut-être sur ce chemin, retour à la case départ … Qui sait ?

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